Le faucon crécerelle (5)

L’élevage d’une nichée de faucons crécerelles ne prend pas beaucoup de temps, guère plus d’un mois. Au cours des derniers jours de leur séjour dans le nichoir que j’avais installé dans la maison de mes parents, les jeunes ont été nourris à un rythme rapide. Dans les derniers temps, seule la femelle apportait des proies. Le duvet a fait place aux plumes définitives.

Le nichoir est maintenant vide et les cinq petits faucons se sont tous envolés en quelques jours. Les deux premiers ont quitté le nid le vendredi 4 juillet et le samedi 5 juillet. L’envol du troisième le dimanche 6 juillet était un peu prématuré et a failli tourner à la catastrophe. Le voisin de mes parents a réussi à remettre en vol le jeune qui était tombé dans le jardin et sur lequel un chat s’apprêtait à bondir. Les deux derniers jeunes se sont envolés les mardi 8 et mercredi 9 juillet.

Les crécerelles sont restés sur le site. Le soir, la famille de faucons dort sur les nombreux rebords des murs de l’église du village et je peux les observer à la longue-vue depuis ma maison.


Comme je l’avais précisé dans mes précédents articles, je n’avais pas prévu de dispositif particulier pour photographier ce qui se passait à l’intérieur du nichoir et j’ai donc utilisé des photos très anciennes pour illustrer ces articles. Je vais construire cet été un nichoir spécialement conçu pour la pratique de la photographie.

Il ne reste plus qu’à attendre le retour des faucons au printemps prochain !

Le faucon crécerelle (4)

« Mes » petits crécerelles poussent à vue d’oeil. Les cinq poussins continuent leur développement. Ce soir, avec Joëlle, nous les avons observés à cinquante centimètres, à travers une petite fente du nichoir. Fabuleux de voir ainsi la vie palpiter à portée de main. Si je m’en réfère aux photos que j’avais faites il y a vingt cinq ans, les jeunes en sont à peu près au stade suivant.

Les jeunes commencent à dépecer eux-mêmes la nourriture, le plus souvent un campagnol, qui est est apportée par l’un des adultes, presque toujours la femelle.

Si les blogueurs qui habitent sur mon secteur ont envie de les observer de très près, je peux organiser, à la demande, des petites séances d’observation dans les jours qui viennent (l’envol est prévu autour du 8 juillet je pense). Il suffit juste de me prévenir. Les dames qui viendraient voir avec moi dans le grenier en ressortiraient probablement couvertes de foin. Je leur souhaite du courage pour expliquer à leurs maris qu’elles se sont juste contenter d’observer avec moi des petits crécerelles … !

J’en profite pour rappeler qu’il existe un site fabuleux où l’on peut suivre en direct l’élevage d’une autre nichée de crécerelles, à peine plus âgés que « les miens ».

Le faucon crécerelle (3)

Un très grand merci à Mat, Marc et Caro qui m’ont indiqué ce site fabuleux où l’on peut suivre en direct l’élevage d’une nichée de jeunes faucons crécerelles. Il se passe parfois une heure avant que la femelle ne vienne apporter une souris mais quand elle arrive, c’est extraordinaire. Le site de nidification est en Suisse allemande si j’ai bien compris et les jeunes crécerelles n’ont probablement qu’un ou deux jours de plus que « les miens ».

Le faucon crécerelle (2) : faire-part de naissance

A peine ais-je regagné mes pénates après une semaine de rêve au bord de la mer du Nord que je suis allé jeté un coup d’oeil à mon nichoir à faucons. Pendant une bonne partie du mois de mai, j’avais été inquiet, ne voyant aucune activité sur le site. Mais j’ai été rassuré juste avant mon départ : la femelle de crécerelle était bel et bien en train de couver, immobile toute la journée sur ses oeufs, ce qui expliquait le calme apparent autour du nichoir.

Hier matin, je suis allé « guetter » en douce ce qui se passait et j’ai pu admirer la femelle à moins de cinquante centimètres de moi, grâce à une petite fente qui me permet d’observer ce qui se passe. J’ai entendu distinctement de petits piaillements. Plus tard dans la soirée, j’ai profité d’une petite absence de la femelle pour observer plus en détail le reste du nichoir. Cinq jeunes venaient juste de naître. Tous les oeufs, sans exception, avaient donc éclos.

Comme je l’ai expliqué dans mon précédent article, j’ai installé ce nichoir en toute urgence il y a un mois et demi lorsque j’ai vu que le couple de crécerelles venait se poser sur le rebord d’une lucarne dans la maison de mes parents. Je n’ai donc pas pris le temps d’équiper le nichoir d’une petite glissière qui m’aurait permis de faire des photos. Mais si je m’en réfère aux photos ci-dessous que j’ai réalisées il y a vingt cinq ans, les jeunes crécerelles en sont à peu près à ce stade :

A suivre.

Un troglodyte moderne

J’ai toujours eu un faible pour les hirondelles. Mon origine paysanne y est probablement pour quelque chose, ayant passé toute mon enfance entouré de nombreuses hirondelles rustiques et hirondelles de fenêtre qui avaient choisi les bâtiments de la ferme parentale pour se reproduire.

Il y a une quinzaine d’années, j’ai installé quelques nichoirs artificiels dans des endroits favorables à l’installation de l’hirondelle rustique (qu’on appelait encore à l’époque « hirondelle de cheminée »). L’un d’eux, notamment, a été installé dans la cabane de mes deux ânes favoris : Grand-Pas et Pluchon.

Mais point d’hirondelles. Seule la bergeronnette grise a utilisé de temps en temps le nichoir, ce qui n’est déjà pas si mal.

Cette année, Grand-Pas et Pluchon ont une nouvelle compagnie. Le troglodyte, qui d’habitude fait un nid entièrement en mousse, a utilisé le nid artificiel en béton comme soubassement et le résultat est plutôt original.

Le nichoir a Dupdup a ainsi évité au troglodyte quelques centaines de voyages à transporter de la mousse. Tiens, à propos de mousse, il me doit bien une petite bière en compensation, non ?

La glaréole à collier

Décidément, l’ornitho franc-comtois a de quoi se régaler. Au rythme où les surprises s’accumulent, on est en droit de se demander si la faune de notre région n’est pas en train de se modifier progressivement et si les espèces rarissimes qui y sont observées ne sont pas les prémisses de modifications lentes et beaucoup plus profondes. Les faucon kobez sont à peine partis que nous arrive un oiseau du sud. Et pas n’importe lequel : la glaréole à collier.

Je me souviens qu’il y a vingt ans, les ornithos qui voulaient observer cet oiseau se rendaient sur l’unique site français de Méjanes en Camargue. Sinon, l’observateur devait aller dans le sud de l’Espagne ou dans des contrées plus ou moins dispersées sur le pourtour du bassin méditerranéen. C’est en Camargue qu’à l’époque j’ai admiré à deux uniques reprises la glaréole.

Aussi, quand Anne a appelé dimanche après-midi pour signaler qu’elle avait la glaréole dans la ligne de mire de sa longue-vue, je n’en croyais pas mes oreilles. Il semble qu’il s’agisse là de la troisième observation connue de glaréole en Franche-Comté. C’est à Guy Pascal que revient le mérite d’avoir su la détecter. Guy est devenu notre nouveau « découvreur de glaréole ».

J’ai retrouvé Anne sur le terrain, il y avait aussi Dominique, Annie, Sam, Françoise et bien entendu Christophe qui est l’auteur des magnifiques clichés de cet article et que je publie avec son autorisation (photos toutes réalisées ce dimanche en digiscopie à plusieurs dizaines de mètres de l’oiseau, je suis stupéfié par le résultat, d’autant plus que les conditions de lumière n’étaient pas très bonnes).

La glaréole est un drôle d’oiseau, très atypique dans la grande famille des limicoles (bécassines, chevaliers, gravelots, avocettes, courlis…). Elle se nourrit d’insectes qu’elle capture en plein vol (un peu à la manière d’une guifette) et vit dans les paysages arides et dénudés.

Une observation dans un champ labouré de la vallée de l’Ognon a vraiment de quoi surprendre.

Quelle sera la prochaine surprise ?

Le faucon crécerelle (1)

Cela fait une trentaine d’année que j’installe des nichoirs un peu partout. Des tas d’oiseaux y ont déjà fait leur nid : les mésanges, les rouge-queues, les bergeronnettes, le torcol, le grimpereau des jardins, l’hirondelle de fenêtre, la chouette effraie et même le cincle plongeur. Mais il y a un oiseau qui me désespère et que je n’arrive pas à attirer, c’est le faucon crécerelle. Pendant quinze ans, un nichoir suspendu au hangar agricole de mon frère l’a attendu en vain.

Cette année, le 12 avril, jour de mon anniversaire – mais est-ce un hasard ? – Joëlle a vu un couple de crécerelles se poser sur le rebord d’une lucarne dans l’un des murs de la maison de mes parents (lucarne de gauche sur la photo).

Aussitôt, dans l’heure qui a suivi, j’ai installé une caisse sommaire derrière la lucarne, côté grenier. Si le faucon revenait, nul doute qu’en entrant directement dans une caisse, il y élirait domicile. Ce serait une première pour le village de Bussières, les crécerelles n’y étant pas des habitués des humains et préférant nicher dans de vieux nids de pies ou de corneilles loin des habitations.

Mais il n’y pas eu l’ombre du moindre faucon dans les jours qui ont suivi. Tant pis, ce sera peut-être pour l’an prochain. C’était donc il y a un peu plus d’un mois. Et puis, il y a une semaine, alors que je rentrais d’une visite à mes amis blaireaux, Joëlle m’a dit « j’ai une super nouvelle pour toi, devine … ». Ma réponse ne fut pas longue : « les crécerelles ! ». Effectivement, le couple était bel et bien revenu. D’après le plus proche voisin de mes parents, cela faisait même une quinzaine de jours qu’il voyait régulièrement le couple entrer et sortir du nichoir. Dimanche soir, j’ai mis à profit l’absence momentanée des crécerelles, partis en chasse, pour jeter un coup d’oeil rapide à l’intérieur du nichoir depuis l’intérieur du grenier. Cinq oeufs venaient d’y être pondus.

Je ferai état de l’évolution de la nidification sur ce blog. Mais je n’ai pas eu le temps de prévoir une ouverture dans le nichoir pour pouvoir photographier l’élevage des jeunes faucons. J’utiliserai donc, pour illustrer mes propos, des images que j’avais réalisées il y a vingt cinq ans dans la tour du château de Buthiers en Haute-Saône. Caché derrière une toile, j’avais alors eu l’occasion de photographier l’élevage d’une nichée de faucons à cinquante centimètres seulement du nid.

Nidification à suivre donc.

Le faucon kobez

Lorsqu’il se produit un événement dans le monde des oiseaux, ça se sait vite dans le milieu ornitho. Je me rappelle ainsi que la nouvelle de la réapparition du hibou grand-duc, après 31 années d’absence, s’était répandue comme une traînée de poudre et nous nous étions alors retrouvés à une dizaine de personnes sous la falaise du château de Joux un soir du mois d’août 1980 pour partager ce moment exceptionnel.

Avec internet, les nouvelles vont encore plus vite. Ce week-end, la nouvelle de la présence d’une cinquantaine de faucon kobez sur un site proche d’Arc-et-Senans, s’est répandue à la vitesse grand V. Avertis par Christophe, nous sommes allés, avec Joëlle et Guy (Anne ayant eu la très mauvaise idée de partir quelques jours dans le sud), admirer ce splendide rapace. Les faucons étaient là, amassés par petites grappes sur les saules aux branches dégarnies. Une petite partie de la communauté ornitho franc-comtoise était aussi sur le site, munie des indispensables longues-vues.

Jusqu’à présent, je n’avais vu le faucon kobez qu’à une seule reprise et à grande distance. C’était il y a une vingtaine d’années en Camargue. Je n’espérais pas voir ce rapace en Franche-Comté, bien que sa présence soit de plus en plus régulière semble-t-il.

C’est probablement à la faveur de conditions exceptionnelles, tant au niveau météorologiques, ressources locales en nourriture et peut-être dynamique des populations de ce rapace, qu’une telle concentration a pu avoir lieu.

Pendant près de deux heures, nous avons pu admirer les allées-et-venues incessantes du faucon en train de capturer au vol inlassablement les insectes dont il se nourrit. Car le régime alimentaire de ce rapace est en très grande partie composé d’insectes tels que coléoptères, libellules, criquets et sauterelles (qu’il n’hésite pas à rechercher au sol).

Merci à Christophe de m’avoir permis de mettre en ligne ses photos, toutes réalisées en digiscopie (appareil photo numérique plaqué, moyennant un adaptateur, sur l’oculaire de la longue-vue). Ci-dessus une femelle en train de faire sa toilette.

Encore quelques jours probablement et ces faucons kobez seront partis en direction de leurs territoires de nidification situés loin à l’Est : depuis la Roumanie et jusque sur une bonne partie de l’Asie.

Chouette effraie

La chouette effraie me semblait en diminution sur le secteur où j’habite, mais voilà plusieurs soirs que je l’entends après la tombée de la nuit ou que je l’aperçois dans les phares de la voiture.

Pour les personnes intéressées par la manière dont les adultes élèvent leurs jeunes, voir la série d’images sur la galerie de mon blog.

Retrouvailles photographiques (4)

J’ai souvent pratiqué la photographie animalière avec mon ami Michel. Dans certaines situations, nous avons mis nos photographies en commun, ne sachant plus vraiment qui avait appuyé sur le déclencheur. Nous avions parfois très peu de temps pour installer et caler le matériel, alors nous n’installions qu’un seul appareil. Et puis, nous allions nous cacher tous les deux sous une toile de camouflage et nous déclenchions à distance, grâce à la présence d’un moteur sur l’appareil. Alors, quand les photos étaient développées, nous nous les partagions : une sur deux pour chacun, un peu au hasard.

C’est ainsi que nous avons mis en commun des photos de petit gravelot, de pic noir et de huppe fasciée. Sauf que pour la huppe, j’ai égaré toutes les diapos il y a huit ans … y compris celles de Michel. Nous avons souvent parlé de ces photos perdues et j’ai souvent été mal à l’aise dans les discussions. Ce n’était pourtant pas faute de les avoir cherchées.

Et bien, ces photos ont été retrouvées il y a quelques mois, par hasard, en même temps que les photos de grand tétras, de mante religieuse et de chien viverin dont je vous ai déjà parlé. Voici cinq de ces photos. Lesquelles sont de Michel, lesquelles sont de moi ? Nul ne saurait le dire … !

Le nasillard est de retour !

Lorsque je suis rentré à 12H30, il n’y avait aucun son inhabituel autour de la maison : le rouge-gorge égrenait sont fragile chant cristallin, le pic noir ricanait en haut de la forêt, … la routine quoi ! Et puis quand je suis sorti vers 12H45, le chant tant attendu a résonné dans la haie. Il était de retour. Probablement était-il arrivé par le train de 12H38. Qui ça « il » ? Le torcol quoi ! Vous en connaissez beaucoup, vous, des oiseaux qui viennent vous dire un grand bonjour à peine descendu du train qui arrive du Sud ?

J’admire la constance de cet oiseau qui pousse la fidélité à venir chaque année dans le même nichoir.

Son chant est si nasillard que je me demande parfois si ce n’est pas la musique de Dylan qui sort régulièrement de la maison qui l’attire et le pousse ainsi à s’installer sous mes fenêtres.

Encore de belles observations en perspective pour cette année !!!

Le chant des oiseaux (1)

La détermination du chant des oiseaux est un vrai casse-tête pour les débutants. Comment s’y retrouver alors que la campagne résonne de dizaines de chants différents ? Evidemment, il est impossible d’apprendre à reconnaître autant de chants en une seule saison, même si l’on a l’oreille très musicale.

Pour faciliter la tâche de celles et ceux qui aimeraient se familiariser avec ces sons qui jaillissent de partout au printemps, je vous propose une petite sélection des chants les plus fréquents. Focalisons-nous sur une douzaine de chants seulement. Car 80% des chants que nous entendons proviennent essentiellement de 12 espèces d’oiseaux. Il est donc indispensable de commencer par apprendre à reconnaître le chant de ces espèces.

Je publie donc aujourd’hui la première partie d’un diaporama qu’Oetincelleo a réalisé à partir de mes photos et qui vient d’être mis en ligne sur Youtube. Un très très grand MERCI A OETINCELLEO, l’artisane de ce projet !

La deuxième partie paraîtra d’ici quelques semaines, je pense.

Surtout ne pas arrêter de nourrir les oiseaux !

Les oiseaux de nos campagnes sont adaptés à passer l’hiver. Bien sûr, le froid et le manque de nourriture vont avoir raison d’une partie de la population mais les survivants seront ceux qui permettront aux effectifs des différentes espèces de se reconstituer dès le printemps. D’un point de vue purement naturaliste et scientifique, rien ne sert donc de nourrir les oiseaux pendant la saison hivernale.

merle.jpg

Mais à partir du moment où l’on commence de mettre des graines à leur disposition, on créé des conditions inhabituelles de concentrations d’oiseaux. La situation devient très artificielle, il y a alors sur un espace restreint beaucoup plus d’oiseaux que ne peut en contenir cet espace en temps normal. L’arrêt brutal du nourrissage crée alors une situation qui peut être fatale à certains oiseaux.

sittelle.jpg

La situation est d’autant plus difficile que le mois de mars et le début d’avril sont des périodes charnières pour tous les oiseaux de la famille des fringilles qui se nourrissent de graines (chardonnerets, verdiers, tarins, bouvreuils…). Certes, il fait souvent déjà meilleur à cette époque, mais le stock de graines disponibles dans la nature est épuisé ou presque. Pour ces espèces, la jonction est difficile à faire entre l’hiver et le printemps (la transition est par contre plus facile pour les mésanges qui trouvent déjà quelques chenilles et insectes à leur disposition). C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il vaut mieux nourrir les oiseaux de janvier à avril (plutôt que de novembre à février comme le font la plupart des gens).

chardonneret.jpg

Le mauvais temps de ces jours-ci (il neige ce matin) aggrave la situation déjà tendue en temps normal. Si vous faites partie de ceux qui nourrissent les oiseaux en hiver et que vous habitez en Franche-Comté, prolongez cette activité au moins jusqu’au 10 avril et diminuez les quantités de graines progressivement.

Du changement dans l’air (3)

L’hiver est loin d’être terminé et peut encore réserver son lot de surprises. Mais pour l’instant, à la faveur de l’ensoleillement et de la douceur des journées, l’impression dominante est l’arrivée imminente du printemps. Des choses changent de jour en jour. Certaines sont normales pour la saison, des crocus qui fleurissent, le rouge-gorge qui chante (tiens, j’en ai entendu un qui chantait à tue-tête le 25 janvier à 2 H du mat’ en plein Besançon) ou la chouette hulotte qui hulule la nuit (l’un des nicheurs les plus précoces, la femelle couvant parfois dès février).

rouge-gorge.jpg

hulotte1.jpg

Par contre, des milans royaux qui reviennent dans la vallée de l’Ognon dès le 15 janvier, une chauve-souris qui vole dès le 20 ou des mésanges bleues qui visitent des nichoirs dès la fin janvier, c’est plutôt inhabituel.

milan.jpg

Et vous, vous avez remarqué d’autres changements ?

Du changement dans l’air

Comme chaque année à cette période, il y a un je ne sais quoi de différent dans l’air. Bien sûr, le printemps est loin d’être là mais il y a déjà quelques signes avant-coureurs du changement en cours. La lumière est déjà différente, ce n’est plus une lumière de novembre ou de décembre. L’air est moins lourd et je me suis d’ailleurs réveillé plus léger ce matin.

Et puis l’environnement sonore a déjà bien évolué depuis quelques jours. Le 31 décembre déjà, une sittelle poussait son premier chant dans le petit bois derrière la maison.

sittelle.jpg

Le jour de l’an, c’était au tour du pic épeiche de manifester son excitation sexuelle en tambourinant avec force contre un tronc (je n’ai jamais entendu de tambourinage aussi tôt dans l’année).

pic.jpg

Hier matin 7 janvier, alors que j’allais au travail (c’était la reprise, la dure reprise, faut bien bosser de temps en temps, on ne peut pas être toujours sur le blog), une grenouille en vadrouille a évité de justesse mes pneus. Là aussi, je n’avais jamais vu de grenouille à cette période (et pourtant, j’ai de l’expérience en matière de grenouilles, j’en ai braconné des tas quand j’étais gamin).

grenouille.jpg

Dans la matinée, des abeilles sont venues me faire un petit coucou derrière la vitre. Jamais vu un petit coucou d’abeille aussi précoce.

Et vous, vous avez déjà remarqué des petits changements autour de vous ?

La chouette effraie

Un oiseau de nuit que j’aime bien et que j’ai aperçu hier dans les phares de ma voiture : la chouette effraie !
En dédicace à KN’L

effraie.jpg

Un grand tétras au pas de charge

Michel a eu vent de mon article du 12 décembre consacré au grand tétras et m’a aussitôt envoyé deux images de cette folle épopée de 1999, dont celle, compromettante, d’un dupdup fuyant devant un grand tétras. J’ai hésité à mettre en ligne ces photos, pour ne pas dévoiler mon identité. Mais bon, vu que maintenant je connais presque tous les blogueurs qui viennent sur ce site … Et puis le ridicule n’a jamais tué personne, paraît-il !

bdtetras1.jpg

bdtetras2.jpg

Retrouvailles photographiques (1)

Je me rappelle du bonheur que j’avais eu lorsque mes photos de milan royal avaient été retrouvées. C’était en 1984. J’avais passé des centaines d’heures, étalées sur plusieurs années, à l’attendre devant mon affût où étaient déposés chaque fois quelques bouts de viande. Le milan était enfin venu. Mais voilà-t-y pas que le labo de Chalon-sur-Saône a égaré mes diapos. Je tenais beaucoup à voir les photos qui m’avaient tant coûté (en temps) et je me souviens avoir beaucoup râlé auprès de ce labo. Alors que je ne m’y attendais plus, les diapos avaient enfin été retrouvées au bout de six mois, elles avaient été livrées par erreur chez un photographe bourguignon et elles m’étaient enfin restituées.

J’ai eu exactement le même bonheur dimanche soir. En vidant une armoire pour la tranformer en penderie, j’ai retrouvé plusieurs séries de diapos que j’avais égarées depuis quatre ans. Je les avais pourtant cherchées partout car j’y tenais beaucoup. Cent cinquante photos de huppe fasciée et de grand tétras m’attendaient ainsi dans le bas du placard, désespérant que je leur mette un jour la main dessus. Merci à Joëlle qui avait insisté pour que je quitte ma flemme dominicale pour me livrer à ce vidage d’armoire.

Je n’avais jamais essayé de ma vie de photographier le grand tétras. D’abord parce que je ne suis pas à la recherche de « tableaux de chasse » et que les espèces rares ou difficiles à photographier ne m’ont jamais vraiment intéressé. Mais aussi et surtout parce que cet oiseau est un animal mythique qui reste auréolé d’un mystère que je n’ai jamais eu envie de casser. C’est l’une des rares forces primitives de la forêt. Il me semble surgi des temps préhistoriques et j’ai toujours pensé que sa vie recluse se devait d’être respectée.

Mais je dois dire que lorsque j’ai entendu dire, par David, qu’un « grand coq fou » (synonyme d’un grand coq détraqué) sévissait à Jougne dans le Haut-Doubs à tel endroit précis, je me suis dépêché d’aller voir « la bête ». Je me souviens avoir attendu une heure. Rien. Aurais-je eu de mauvaises indications ? J’ai cherché un peu dans les fourrés et j’ai vite rebroussé chemin lorsque j’ai vu cet animal qui venait dans ma direction d’un pas décidé, s’arrêtant et paradant comme s’il me prenait pour un beau mâle concurrent (dans le meilleur des cas) ou pour une femelle de passage (dans le pire des cas ! Aïe aïe aïe, je n’avais pas de préservatif à lui proposer !).

coq0001.jpg

coq0002.jpg

La scène a duré au moins une heure et nous sommes repartis avant que le manège ne soit terminé.

coq0005.jpg

Mon ami Michel et les personnes de passage ce jour-là sur cette petite route forestière de Jougne se souviendront longtemps de ce grand tétras détraqué et agressif.

coq0003.jpg

coq0004.jpg

Avec ces photos retrouvées dimanche, les souvenirs précis me reviennent.

coq0006.jpg

Michel, quant à lui, n’a pas perdu les photos de cette folle journée. Il paraît qu’il a même gardé précieusement une photo compromettante où l’on voit un Dupdup courant, poursuivi par un grand tétras.

De longues heures d’affût

Mon article sur le pic mar a suscité quelques commentaires sur la technique de l’affût qui permet au photographe d’être au plus près des oiseaux. Serenense a rappelé un épisode douloureux en forêt, à l’affût au pic mar, où, complétement gelé, il pensait avoir perdu l’usage de ses pieds et de ses mains. Christophe en a profité – oh le vilain ! – pour parler de « tuyau », de « zigounette » et j’ai même crû déceler une allusion à un certain breuvage. En tous les cas, les propos de Christophe n’ont pas manqué d’intriguer quelques lecteurs et lectrices de ce blog (dont Oups qui, décidément, n’en loupe jamais une …!). J’ai vite compris que Christophe parlait d’une aventure un peu épique qui s’est déroulée il y a longtemps. En 1983 exactement. J’ai replongé dans mes souvenirs et me suis remémorré quelques détails plutôt croustillants.

Michel G. et moi avions construit une petite cabane dans une pente boisée qui surplombait la Saône (sur la commune de Soing-Charentenay exactement). C’était le seul site que nous connaissions qui nous permettait, à cause justement de la pente, d’être à la hauteur des nids de hérons.

heron0002.png

Il y avait là une quarantaine, peut-être même une cinquantaine de nids au sommet des arbres. Nous étions à une trentaine de mètres des premiers nids, ce qui nous obligeaient à utiliser de longues focales, en l’occurence chacun un 400 mm équipé d’un doubleur. Nous en avons ramené peut-être un millier de photos, retraçant la vie du héron, de la parade nuptiale à l’émancipation des jeunes en passant par la construction du nid, l’accouplement …

heron0005.png

Nous avions décidé, pour ne pas gêner les hérons, de venir et de repartir le plus discrétement possible, c’est à dire de nuit. Les journées d’affût étaient longues, très longues. Nous y venions le matin avant le lever du jour et n’en repartions que le soir après la tombée de la nuit. C’était à la période la plus froide de l’année, en février, nos amis les hérons ayant la fâcheuse habitude de nicher dès ce mois. Comme il est impossible de rester 10 heures d’affilée sans pisser, nous avons dû inventer le fameux système de l’entonnoir et du tuyau (le petit tuyau vert qu’on aperçoit sur la photo) dont parle Christophe.

heron0001.png

Pour lutter contre le froid, nous avions évidemment quelques bouteilles thermos pleines de grog, peut-être même aussi quelques boissons beaucoup plus riches en alcool (d’où probablement les allusions de Christophe à « l’esprit embrumé »). Il fallait bien tenir dans ces conditions plutôt extrêmes. Et, évidemment, plus nous buvions, plus nous pissions ! L’allusion à la zigounette faite par Christophe est sans conteste liée à cette étrange constatation : les organes génitaux se rétractent pour être au plus près du corps et deviennent alors riquiquis. Alors que les hérons d’à côté s’en donnaient à coeur joie, tous émoustillés par la présence des partenaires, nos sexes à nous ne devaient pas avoir belle allure, il ne serait venu à l’idée de personne d’en faire des porte-drapeaux ! Pas de quoi être fiers en tous cas ! Si j’en juge par les souvenirs et les quelques allusions de Christophe qui est venu partager nos joies et nos douleurs, il devait faire très froid aussi les jours où il est venu.

Je garde un souvenir ému de ces expéditions qui se déroulaient presque tous les week-ends de février-mars puis de manière un peu plus irrégulière d’avril à juillet. Je crois que partager ces moments difficiles avec d’autres est une expérience rare et précieuse. La faim et le froid sont, comme le dit Christophe, de vraies expériences qu’il faut avoir faites au moins une fois dans sa vie.

Plus tard, c’est en solitaire que j’ai continué mes affûts. De très longs affûts souvent. En hiver notamment pour photographier la buse variable qui m’a valu, en trente ans, des milliers d’heures d’immobilité (voir à ce propos la série d’images que je lui ai consacrée sur ma galerie). Des heures extraordinaires où l’on a l’impression de vraiment faire corps avec la nature et de se frotter à la force des éléments naturels. Mais aussi des moments très difficiles. Car jai toujours redouté l’instant où il faut se lever de son siège. Je sais que c’est à ce moment-là que la vraie douleur commence. Tant que je suis assis, recroquevillé, le froid n’a pas complétement prise sur moi. Mais quand je me lève, les frissons me gagnent, le froid me transperce et il m’est arrivé, dans quelques rares occasions heureusement, de penser que les pieds avaient gelé. Alors je retarde le plus longtemps possible le moment où je vais me lever, trop longtemps parfois car la douleur n’en est ensuite que plus dure.

Christophe a raison de dire qu’il est des épisodes dont on n’est pas forcément très fiers. Alors allons jusqu’au bout du tableau : combien de fois, par exemple, ais-je dû pisser sur mes bottes en caoutchouc pour tenter de réchauffer des pieds devenus inertes et insensibles ! Car c’est aussi ça la vraie réalité de l’affût.