Avant hier soir, je rentre chez moi, très heureux d’être enfin en vacances. Mais il y avait un drôle de mail qui m’attendait : « sale nouvelle, Pierre louki est mort cette nuit ».
Ma découverte de Pierre Louki date du 1er avril 1973. C’était l’année de mon bac et j’étais venu, avec Joëlle, écouter Brassens au Théâtre de Besançon, l’unique fois d’ailleurs où j’ai assisté à l’un de ses spectacles. Assez curieusement, je n’ai pas de souvenir vivace de Brassens ce soir là. Peut-être parce que j’étais encore sous le coup de la première partie. Il y avait en effet un grand gaillard déguingandé qui chantait sur scène des chansons drôles et émouvantes : Pierre Louki.
Dans les jours suivants, je me rappelle avoir acheté un disque vinvyle que j’ai ensuite écouté des dizaines de fois « Le disque d’or de Pierre Louki ». J’ai adoré sur cet album les histoires drôles du grand-père caché dans un placard, du cousin d’écosse qui ne voulait pas écosser les petits pois et les très belles chansons tendres que sont « les mots du vocabulaire » et surtout « Qui viendra me dire bonsoir ? ». Depuis, les chansons de Louki ne m’ont jamais quitté.
Beaucoup plus tard, ayant appris en 1998 que Louki passait dans un petit village près de Château-Chinon, Joëlle et moi avons fait l’aller retour dans ce petit village de Corancy où Louki se produisait. Louki n’en revenait pas que nous ayons fait des centaines de kilomètres pour venir l’écouter. Depuis ce jour, il nous appelait « les fous de Haute-Saône ».
Avec Jean-Pierre, bisontin dont Louki m’avait donné les coordonnées, et Smaïn, un autre larron, nous avons organisé la venue de Louki le 29 septembre 1999 au Petit Kursaal. 400 personnes pour un concert inoubliable. Louki avait alors … 79 ans.
Pierre Louki donnait très peu de concerts. Mais souvent, Joëlle et moi partions à Paris dans le seul but de l’écouter : je me souviens avec beaucoup d’émotion de ses récitals à Sevran, au nord de Paris, puis ceux donnés à l’Espace Kiron et à la Maroquinerie. Et puis quelques pincements de coeur aussi en repensant aux quelques lettres de Pierre, surtout en 2002 alors que je traversais une mauvaise passe au niveau santé.
Cette année là, j’ai eu la chance de gratouiller quelques notes, chez lui à Montreuil, sur la guitare que lui avait offerte Brassens … la guitare qui avait fait le célèbre récital de Bobino 72. Ce jour-là, Pierre nous avait chanté a capella, à Jean-Pierre et moi, quelques chansons qu’il espérait pouvoir enregistrer sur un prochain disque. Odette, la femme de Pierre, était là. Mais l’année suivante, nous nous retrouvions dans ce petit cimetière de Brienon à la mort ce celle qui avait été la compagne de toute une vie. Pierre retrouva alors un peu de courage pour publier il y a deux ans un ultime opus au titre prémonitoire de Salut la compagnie. La sortie de ce disque fut l’occasion de donner un concert à Beaucourt. C’était alors notre dernière rencontre.
Mardi dernier, Pierre Louki dédicaçait encore son dernier ouvrage Confidences dans une librairie parisienne.
Il y a maintenant déjà deux jours que Pierre est mort et aucun mot n’a été dit dans la presse. Rien d’étonnant puisqu’elle l’avait ignoré toute sa vie durant !

Par le plus grand des hasards – mais était-ce vraiment un hasard ? – en folâtrant ce matin sur le net, je tombe sur une très belle vidéo ou Pierre chante dans les années 70 Mes copains. Pure moment d’émotion pour moi.
Bien sûr, je consacrerai dans les temps qui viennent une série d’articles à Pierre Louki.



















